Bitcoin : le plan de l’État pour traquer les transactions frauduleuses

Bitcoin : le plan de l’État pour traquer les transactions frauduleuses

Le développement de l’usage des cryptomonnaies implique de nouvelles façons de travailler pour les forces de l’ordre. Le ministère de l’Intérieur a lancé un appel d’offres visant à s’équiper en outils spécialisés dans l’analyse des transactions.

“Les services de la sécurité intérieure sont de plus en plus confrontés à des vendeurs agissant sur le Darknet : sur cette partie de l’Internet, les vendeurs se sentent à l’abri de toute capacité d’identification. Afin de démasquer ces vendeurs frauduleux, les enquêteurs et analystes s’attachent à l’examen de toutes les traces laissées par ces derniers. Parmi les indices, figurent notamment les traces de transactions illicites dans la blockchain Bitcoin”. Voici le préambule rédigé par le ministère de l’Intérieur dans le cadre d’un appel d’offres visant à doter la gendarmerie, la police nationale et les douanes d’outils pour analyser les transactions en cryptomonnaies. Les entreprises spécialisées ont jusqu’au 15 juillet pour envoyer leurs propositions.

Le contrat, d’une durée de deux ans, prévoit d’offrir une solution logicielle capable de “surveiller, analyser et de suivre les transactions en vue de désanonymiser les utilisateurs de bitcoins”, indique le document. Malgré les idées reçues, les transactions réalisées en bitcoins ne sont pas anonymes mais pseudonymes : chaque utilisateur est identifié par une suite alphanumérique (clé publique). La difficulté pour les enquêteurs est qu’il est possible d’utiliser une nouvelle clé pour chaque transaction. Il est possible de remonter les flux mais il faut souvent pour cela s’appuyer sur une solution logicielle. Une vingtaine d’entreprises dans le monde sont spécialisées dans ce travail de recoupement. Les plus connues sont Chainalysis (États-Unis) et Elliptic (Royaume-Uni). Aucune n’est française.

Deux start-up déjà déclarées

“La France est à la tête de l’écosystème blockchain en Europe, mais les outils que développent ses start-up se concentrent principalement sur les produits financiers”, indique Fabien Tabarly, un lieutenant colonel à la retraite, ancien officier des forces spéciales et désormais patron de Corporate Security and Intelligence (CSI), une société installée au Liban qui va répondre à l’appel d’offres avec sa solution e-NIGMA. “Avec la montée en puissance de la régulation des crypto-actifs, le besoin d’outils anti-blanchiment est grandissant”, explique-t-il.

Selon nos informations, son concurrent luxembourgeois Scorechain va également candidater. “Les forces de l’ordre parviennent à repérer des transactions illicites mais elles ont besoin d’outils performants qui assurent des mises à jour algorithmiques des données récoltées sur la blockchain”, déclare son patron Pierre Gerard. Le ministère est assez précis sur le type de produit qu’il désire : “Il serait souhaitable de pouvoir effectuer une requête à partir d’une adresse IP, d’une clé cryptographique de type PGP et d’une adresse mail.” En clair, un annuaire de la blockchain.

Le document de l’appel d’offres que nous avons pu consulter évoque 25 licences de logiciels capables d’analyser les transactions en bitcoins. Cela donne une idée du nombre de personnes qui seront rattachées à cette mission qui pourrait également concerner la chasse à l’évasion fiscale. Enfin, le ministère de l’Intérieur indique vouloir acquérir la capacité d’analyser les transactions des cryptomonnaies suivantes : Bitcoin Cash, Litecoin, Ethereum et Tether. “Outre Bitcoin ce sont celles qui disposent des plus gros volumes d’échanges, signale Pierre Gerard, un malfaiteur qui voudra convertir ses cryptos en monnaie fiduciaire devra la plupart du temps passer par celles-ci”.

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